Manuel du parfait petit “maudit français”
Par Tin le vendredi, octobre 29 2004, 16:45 - I miss Mtl - Lien permanent
Au détour de mes lectures journalières du web, je suis tombé sur cette nouvelle appelé le Manuel du parfait petit "maudit français" . C'est assez intéressant à lire surtout pour les personnes qui n'ont jamais mis les pieds au Québec, mais je pense que c'est surtout utile à tous les français qui vivent ou ont vécu dans "la belle province".
En attendant, moi ça me fait penser que je vais vraiment me mettre à l'écrire ce bouquin sur le Québec et les québécois(es). Et croyez moi, j'en ai des choses à raconter sur eux. JF faut qu'on s'y mette!!!
Surtout que depuis mon retour en France beaucoup de personnes s'émerveille devant mon courage à avoir été faire mes études au Québec, certaines ne se sentirait pas capables de le faire, et d'autres me demande si ça valait le coup d'émigrer au Canada. Alors voici ma réponse...
Je suis toujours gênée de répondre à ce genre de questions. Tout dépend des motivations à émigrer. Dans mon cas, c'était pour les études et par amour du voyages et croyez-moi, l'amour ne suffit pas, surtout au Québec.
Il y a d'excellent côtés, bien sûr, et ce sont ceux qu'on perçoit immédiatement quand on est en vacances. L'accueil bon enfant, la simplicité, le contact facile, une société bien moins hiérarchisée, autant de traits qui attirent les Français. Au bout de quelques années, on déchante, surtout parce que les Français sont prisonniers d'une image laissée par des immigrants d'une autre génération. Mais les préjugés ont la vie dure. Pour ma part, j'étais vraiment "tanné" d'entendre quotidiennement "maudits Français" (Maudit est ici une grosse insulte).
Repliés sur eux-mêmes, les Québécois nous perçoivent toujours comme un peuple arriéré, pauvre et sale, images rapportées par les soldats de la 2ème guerre d'une France ruinée par 3 guerres successives. Alors que les Québécois, en particulier dans le monde rural, sont devenus riches (et amateurs d'hygiène) en nourrissant les troupes alliées. Pêle-mêle, on nous reproche aussi nos anglicismes (alors qu'ils n'ont aucune conscience de leurs anglicismes de syntaxe, beaucoup plus dangereux que nos anglicismes de vocabulaire), notre chauvinisme et notre arrogance (eux ont le droit d'être fiers; nous, nous sommes arrogants dès que nous sommes fiers), etc. Il y a aussi beaucoup d'hypocrisie sous-jacente, pas toujours perceptible par les Français naïfs et pleins de préjugés favorables aux Québécois : on t'accueille bien parce qu'"on" y a un intérêt matériel. Beaucoup de Français, séduits, se font rouler dans la farine.
Côté travail, ce n'est pas brillant non plus. Les services d'immigration vous font croire qu'on a besoin de vous et de vos diplômes. Dans les faits, les diplômes dont nous sommes si fiers ne sont pas reconnus. Il faut souvent recommencer des études et maîtriser parfaitement l'anglais. Le boulot des services d'immigration, de leur propre aveu, c'est de faire rentrer le plus d'immigrants français pour asseoir le fait français en Amérique. Ce qu'il advient d'eux après leur immigration, ils s'en contrefichent. Aucune structure d'accueil pour les aider.
Beaucoup de Français sont venus ici après avoir tout vendu et ils en repartent quelques mois ou quelques années plus tard, les poches vides et l'amertume au coeur. L'aspect matériel attire aussi les Français car, en vacances et avec un euro fort, tout leur semble moins cher. Mais une fois ici, ils se rendent vite compte que les salaire ne correspondent pas à ceux qu'ils avaient dans la mère patrie...
Bon. Pour ceux qui aiment les sports d'hiver, c'est le paradis, à condition de ne pas rechercher les pistes de haute altitude... Pour les autres, la vie culturelle est morne. Les paysages sont désespérément plats et uniformes (pas de diversité et de contrastes comme en France et pas de monuments à chaque coin de rue !). On a vite fait le tour des attractions touristiques !
Côté relations, elles sont le plus souvent superficielles et basées sur le "matériel". C'est ce qui fait sans doute déchanter les français en quête de chaleur humaine. Je n'en ai pas connu un seul (même après plus de 20 ans[1]) , qui ai résussi à se lier de façon durable et sincère avec des Québécois(es).
Tout cela fait que la plupart des Français (85 % environ) repartent à un moment ou à un autre de leur vie. Ceux qui ne le font pas (ou pas encore), c'est qu'ils sont liés à des enfants qui sont nés ici et qui se sentent d'ici...
Il ne faut pas non plus passer sous silence les problèmes politiques causés par les vélléités d'indépendance, pour le moment en sourdine. Les souverainistes semblent se radicaliser (propos de style Le Pen contre les immigrants qui ne votent pas pour les souverainistes) et on peut toujours craindre une résurgence des violences.
Voilà pour le Québec. Pour ce qui est de l'Ouest canadien, je ne puis pas donner de conseils. Tout ce que je sais, c'est que les paysages des Rocheuses sont à couper le souffle. Voilà un rapide aperçu de mes impressions.
L'été passé, en France, j'ai vu en librairie une revue pour les Français qui veulent immigrer au Québec. Là encore la prudence s'impose. Il faut savoir lire entre les lignes d'un discours biaisé par les services d'immigration et la naïveté des Français. Pour savoir ce qu'on pense de nous ici, il faudrait lire aussi le dernier livre de Denise Bombardier : "Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde". Il y a du vrai dans ses propos, mais sa connaissance des Français se limite au parisianisme des intellectuels, des journalistes, du "show-biz". Un livre facile, sorti avant les fêtes pour faire de l'argent, qui ne fait que renforcer les préjugés à notre encontre. L'auteur avoue d'ailleurs qu'il lui serait impossible d'écrire un pareil livre sur les Québécois, qui ne sont pas enclins à cultiver le goût de la polémique comme les Français et à se remettre en question. Elle aurait tôt fait de sauter sur une bombe !
Bref, si vous voulez vraiment émigrer, que vous vous prétendiez donc Belge ! Je ne veux pas vous décourager, mais il faut bien réfléchir avant de prendre une telle décision. Le Canada, ce n'est pas que des cartes postales. De plus, le climat est rude. Cet aspect ne m'a jamais dérangée, contrairement à beaucoup d'autres Français.
Notes
[1] JF, tu me contrediras si j'ai tort.


Commentaires
Salut tintin
Bon tour d'horizon, force est d'admettre que ca sent le vecu ! ;-), en ce qui concerne le livre dont tu parles plus haut , je vais attendre d'avoir quitte le quebec avant de le lire, ca va finir par m'enerever cette histoire ! >:-(
Un bon point pour le quebec neanmoins : tu monte une societe inc. avec 1000 $ et les impots sur les benefices sont de 9% de plus les banques sont beaucoup plus cools et competentes qu'en france !
C'est donc un bon endroit pour monter une societe de services et traiter avec une clientelle a l'exterieur du Quebec (pour ne pas avoir a y etre trop souvent).
Deuxieme point : un peu d'adversite sa rend solide...
le quebec : ca rend "INDESTRUCTIBLE" GRRRrrrr !!!
Raphaelle ce joint a moi pour te faire la bise
Salut, c'est un québécois qui parle. Je suis vraiment surpris de voir tes commentaires, mais j'aime l'honnêteté des gens d'ailleur, rien ne m'énerve plus que de ne pas sentir qu''une personne d'ailleur me ment en me disant qu'il aime sa ici. Tes commentaires sont pertinents et je suis de ceux qui aime s'auto critiquer.
Je ne suis pas sur par contre de comprendre quel genre de gens tu sa rencontré pour nous décrire ( faut dire que nous c'est grand) comme des matérialistes. Pour moi le matérialisme est quelque chose que je déteste, mais je n,ai jamais identifié la chose comme tipiquement québécoise.
En fait, bien que je sois content de voir ta franchise, il y plein de choses que je ne comprend pas, comme le fait que nous soyons repliés sur nous-même.
En tout cas je suis tombé sur ta page par hazard et j'avais envie de répondre, si t'a envie de répondre vas-y, si non que Dieu te bénisse plutôt que de te maudire, cher cousin français!!
j'ai vécu cinq ans en france. pas évident non plus pour quelqu'un qui a un accent "moche et nul à chier" (dixit Ardisson). par contre, de retour chez moi, tous nos défauts (les miens et ceux de mes compatriotes) m'ont sauté à la figure. comme si je voyais tout à coup l'envers du décor.
il y a chez le québécois - français face aux anglais, mais nord-américain dès qu'il se trouve devant ses "cousins" - le même genre d'hypocrisie que chez les corses - nationalistes mais républicains. je comprends à quel point ça peut taper sur les nerfs.
tiraillée entre le rêve américain et des racines qu'elle n'a pas su renier malgré son amertume, en proie aux délires du nationalisme québécois, l'âme canadienne-française est une fille paumée. ne la laisser pas tomber encore une fois.
le «maudit québécois»
ps mon opinion n'est pas un reflet de mes névroses. je suis optimiste de nature et je me porte plutôt bien merci... (je dis ça pour rassurer ceux qui me liraient au premier degré).
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