Je suis toujours gênée de répondre à ce genre de questions. Tout dépend des motivations à émigrer. Dans mon cas, c'était pour les études et par amour du voyages et croyez-moi, l'amour ne suffit pas, surtout au Québec.

Il y a d'excellent côtés, bien sûr, et ce sont ceux qu'on perçoit immédiatement quand on est en vacances. L'accueil bon enfant, la simplicité, le contact facile, une société bien moins hiérarchisée, autant de traits qui attirent les Français. Au bout de quelques années, on déchante, surtout parce que les Français sont prisonniers d'une image laissée par des immigrants d'une autre génération. Mais les préjugés ont la vie dure. Pour ma part, j'étais vraiment "tanné" d'entendre quotidiennement "maudits Français" (Maudit est ici une grosse insulte).

Repliés sur eux-mêmes, les Québécois nous perçoivent toujours comme un peuple arriéré, pauvre et sale, images rapportées par les soldats de la 2ème guerre d'une France ruinée par 3 guerres successives. Alors que les Québécois, en particulier dans le monde rural, sont devenus riches (et amateurs d'hygiène) en nourrissant les troupes alliées. Pêle-mêle, on nous reproche aussi nos anglicismes (alors qu'ils n'ont aucune conscience de leurs anglicismes de syntaxe, beaucoup plus dangereux que nos anglicismes de vocabulaire), notre chauvinisme et notre arrogance (eux ont le droit d'être fiers; nous, nous sommes arrogants dès que nous sommes fiers), etc. Il y a aussi beaucoup d'hypocrisie sous-jacente, pas toujours perceptible par les Français naïfs et pleins de préjugés favorables aux Québécois : on t'accueille bien parce qu'"on" y a un intérêt matériel. Beaucoup de Français, séduits, se font rouler dans la farine.

Côté travail, ce n'est pas brillant non plus. Les services d'immigration vous font croire qu'on a besoin de vous et de vos diplômes. Dans les faits, les diplômes dont nous sommes si fiers ne sont pas reconnus. Il faut souvent recommencer des études et maîtriser parfaitement l'anglais. Le boulot des services d'immigration, de leur propre aveu, c'est de faire rentrer le plus d'immigrants français pour asseoir le fait français en Amérique. Ce qu'il advient d'eux après leur immigration, ils s'en contrefichent. Aucune structure d'accueil pour les aider.

Beaucoup de Français sont venus ici après avoir tout vendu et ils en repartent quelques mois ou quelques années plus tard, les poches vides et l'amertume au coeur. L'aspect matériel attire aussi les Français car, en vacances et avec un euro fort, tout leur semble moins cher. Mais une fois ici, ils se rendent vite compte que les salaire ne correspondent pas à ceux qu'ils avaient dans la mère patrie...

Bon. Pour ceux qui aiment les sports d'hiver, c'est le paradis, à condition de ne pas rechercher les pistes de haute altitude... Pour les autres, la vie culturelle est morne. Les paysages sont désespérément plats et uniformes (pas de diversité et de contrastes comme en France et pas de monuments à chaque coin de rue !). On a vite fait le tour des attractions touristiques !

Côté relations, elles sont le plus souvent superficielles et basées sur le "matériel". C'est ce qui fait sans doute déchanter les français en quête de chaleur humaine. Je n'en ai pas connu un seul (même après plus de 20 ans[1]) , qui ai résussi à se lier de façon durable et sincère avec des Québécois(es).

Tout cela fait que la plupart des Français (85 % environ) repartent à un moment ou à un autre de leur vie. Ceux qui ne le font pas (ou pas encore), c'est qu'ils sont liés à des enfants qui sont nés ici et qui se sentent d'ici...

Il ne faut pas non plus passer sous silence les problèmes politiques causés par les vélléités d'indépendance, pour le moment en sourdine. Les souverainistes semblent se radicaliser (propos de style Le Pen contre les immigrants qui ne votent pas pour les souverainistes) et on peut toujours craindre une résurgence des violences.

Voilà pour le Québec. Pour ce qui est de l'Ouest canadien, je ne puis pas donner de conseils. Tout ce que je sais, c'est que les paysages des Rocheuses sont à couper le souffle. Voilà un rapide aperçu de mes impressions.

L'été passé, en France, j'ai vu en librairie une revue pour les Français qui veulent immigrer au Québec. Là encore la prudence s'impose. Il faut savoir lire entre les lignes d'un discours biaisé par les services d'immigration et la naïveté des Français. Pour savoir ce qu'on pense de nous ici, il faudrait lire aussi le dernier livre de Denise Bombardier : "Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde". Il y a du vrai dans ses propos, mais sa connaissance des Français se limite au parisianisme des intellectuels, des journalistes, du "show-biz". Un livre facile, sorti avant les fêtes pour faire de l'argent, qui ne fait que renforcer les préjugés à notre encontre. L'auteur avoue d'ailleurs qu'il lui serait impossible d'écrire un pareil livre sur les Québécois, qui ne sont pas enclins à cultiver le goût de la polémique comme les Français et à se remettre en question. Elle aurait tôt fait de sauter sur une bombe !

Bref, si vous voulez vraiment émigrer, que vous vous prétendiez donc Belge ! Je ne veux pas vous décourager, mais il faut bien réfléchir avant de prendre une telle décision. Le Canada, ce n'est pas que des cartes postales. De plus, le climat est rude. Cet aspect ne m'a jamais dérangée, contrairement à beaucoup d'autres Français.

Notes

[1] JF, tu me contrediras si j'ai tort.